Seconde histoire - Ma mère cette perverse – Part 15

 

Il s'agit d'une histoire de réponses réactionnelles à de la manipulation affective parentale où l'enfant se retrouve contraint à être le bourreau de son parent pervers positionné en victime chronique, pour survivre. » J.F T

Aline se prenait-elle sincèrement pour une maman ou bien tentait-elle de se le justifier à elle-même, en confronter la réalité à ses impuissances ? Elle voulait prouver cette chose compliquée qu’est la maternité. Mais à qui ? A elle-même tout d'abord… et de toute évidence à une ou d’autres personnes puisque toute son énergie était tournée vers le démonstratif jusqu’à l’exhibition. Un psy parlerait d'un joli boulot histrionique.

Depuis quinze ans, très certainement cherchait-elle à être "mère et maman » de ses deux filles. Parfois elle y arrivait. Elle le fut très certainement durant ces premières années où les enfants étaient tout-petits… avant leur puberté.

Mais depuis qu'elles commençaient à vouloir exister par elles-mêmes, Aline avait sombré dans un fonctionnement plus autoritaire qu'aimant, plus manipulateur à coup de chantage émotionnel qu'accompagnant le développement de ses ados.

Elle rebondissait entre des amants « portefeuilles » et d’autres plus « fantasques » au fil des besoins et des opportunités. Certains, parés d’un faux esprit rebelle, lui coûtèrent cher en estime de soi. Des amours crut-elle toujours rencontrer. Car ce qui la mouvait et l'émouvait en était sûrement, selon sa définition de l’amour, sans pour autant que la réciproque existe chez les tous amants.

Richard, le père des filles, avait juste été un étalon portefeuille. Il avait eu la mauvaise et la bonne idée de partir un jour après de longues années à vivre dans le déplaisir. Elle ne comprenait pas son départ qu’elle vivait comme un abandon. Cette réalité présente lui semblait incompréhensible. Elle ne regardait que la surface des évènements, exactement comme celle de son passé. Il fallait ne rien en dire, ne pas y retourner, ne pas risquer de traverser le blanc, un vide qui s’était installé entre maintenant et son enfance.

Pourquoi alors chercher à paraître dans un rôle dont la vie n'avait pas scénarisé le récit au sein de son cerveau ? Être mère, être maman, oui, le théâtre d’improvisation était possible. Être une femme… ah ça non ! Pas question, et pas le temps ni l'envie de s’inventer des scènes féminines. Seulement être une femme-enfant fragile victime pour capter, séduire, attirer, pour phagocyter l'énergie, la substance vitale de l'homme. Et sa puissance, son pouvoir, son argent en passant.

Être maman ou au moins se vivre mère, afin de conjurer le sort qui s'acharnait tragiquement contre elle depuis son enfance. Des parents contre-modèle avec sa propre mère et son propre père en recomposition familiale incestuelle. Des études loupées, les boulots ratés, des maladies opportunistes, de faux ami(e)s, afin de montrer à la face du monde qu’une certaine matriarche, la « Elle », qui s'était trompée ! Qu'Elle, avait fait fausse route. Qu'Elle, aurait dû se battre !

Parce qu’aujourd’hui Aline se bat ! Contre ce monde et contre ce salaud de Richard qui avait osé la quitter un soir d'automne.

Elle pensait que les mecs étaient tous les mêmes… surtout Jacques son père - le modèle ou plutôt un anti-modèle - Cet autre salaud qui un jour de 1964 avait enfin réussi à quitter Raymonde-Elle, quelquefois, peut-être "sa femme". Mais une à deux fois par semaine une "répliquante" en conduite suicidaire et tous les jours une matriarche-enfant, malheureuse, victime, maniaque du cadre et du contrôle du nid.

Dix-sept ans avant son départ, Jacques, qui venait de la région de Bézier, avait rencontré Raymonde dans un bal au sud de Toulouse où il travaillait comme apprenti sur un chantier de BTP. Raymonde vivait dans une famille plutôt simple sans être vraiment plongée dans la pauvreté mais à la limite parfois. Ce fut une rencontre classique de deux jeunes gens de leur époque. Chacun issu de ces milieux simples où l'homme cherche une ascension sociale par le travail tandis que la femme cherche à fuir sa condition - peut-être a-t-il été question de maltraitances voire d'abus mais les discours sur son enfance furent flous et dans l'esprit de Jacques, sûrement vécu comme une forme d'autocensure. Cela se traduisit seulement par : « Elle est malheureuse, je dois la sortir de là ». Celui-ci a très vite été aspiré dans le rôle de chevalier servant et sauveteur d'une Raymonde à priori maltraitée par des parents violents entre eux et s'alcoolisant beaucoup à défaut d'être vraiment alcooliques. Donc un couple peu glorieux en matière de parentalité et d'amour filial.

Elle avait seize ans, lui dix-huit. Elle dû être émancipée pour se marier et se soustraire à sa famille qui ne comprît pas ce départ du foyer si tôt mais ne résista pas longtemps à se débarrasser d’une bouche à nourrir. Aux yeux du quartier ils ne se privèrent pas de se plaindre en disant à qui voulait bien l’entendre qu’elle avait tout à la maison, des fringues, à manger, de l'éducation.