Quatrième histoire - De la sourde effraction masculine – Part 30

 

Elle savait aussi que l'enquête amènerait de la part du microcosme local un flux de médisances et d’allégations nauséabondes. Rien de plus salissant que le cerveau de celui qui peut déverser sa bile sur un bouc émissaire tout désigné. Maryse était vigilante. Elle triait et recoupait les informations recueillies plutôt deux fois qu'une. Elle croisait celles-ci avec l'analyse des productions d'Alex faites par le psychologue scolaire chargé de rencontrer les demoiselles.

Surtout ne pas se laisser aller à l'évidence et chercher en dessous...

Et se méfier de sa propre opinion tellement filtrée par le vécu personnel.

Elle rencontra les enfants, la mère d'Alex, Rodolphe, les ATSEM et les autres enseignants de l'école. Elle eut tout le loisir de recevoir les vomissures des braves gens toujours prêts à raconter le tissu des frustrations locales, mais n'eut pas accès à la parole des parents de Joell. Ceux-là n’étaient pas dans le refus mais dans une série d'indisponibilités qui finit par fâcher la professionnelle, la femme et la citoyenne.

Maryse et Rodolphe échangèrent au fil des semaines. Très rapidement, ils se virent hors structure, hors cadre, hors leurs rôles socioprofessionnels, dans un espace plus intime.

Restaient en travers de la procédure, l'absence de discours de deux parents pour l'une des deux copines et d'un imaginaire de maltraitances parentales pour l'autre.

Le premier réflexe du travailleur social fut d'y repérer quelque malveillance, d'y sentir de l'évitement et donc des choses reprochables, de la culpabilité peut-être ? Le second réflexe, s'il y en a un, fut d'accepter de prendre du recul, de bien croiser l'ensemble des informations sans trop perdre de temps au cas où il y avait un réel danger pour un enfant ou l’autre enfant voire pour leurs mères, victimes et/ou complices.

« Il a toujours été plus facile d'envoyer les gendarmes prendre un gamin de sans-papiers dans une école ou un foyer que de protéger un enfant de ses parents toxiques et/ou maltraitants ». Constat que Maryse et Rodolphe firent lorsque le dossier monté au sujet d'Alex puis celui de Joell, furent laissés sans suite. Les maltraitances n'étant sûrement pas assez graves ou visibles, pas assez factuelles.

On laissa donc Alexandra aux prises d'intrusions terribles pour son équilibre de petite fille et pour sa construction psycho-sexuelle de future jeune fille...

Celle-ci se fit autrement et malgré sa famille, grâce à Joellise, elle-même souffre-douleur indirecte de sa propre famille. Elles biaisèrent temporairement la réalité.

Cette dernière ayant une plus grande capacité de résilience, aida Alex à ne pas sombrer dans le nihilisme adolescent. Et c'est un duo, leur binôme humain qui balisa leur chemin de vie à venir. Elles deux, face au reste du monde, comme un mélange de -Thelma et Louise - secoué avec - Baise- moi - (version soft et sans meurtres) - et un espoir de fin de vie plus serein.

Nouvel âge, Alex a vingt-quatre ans, elle vit toujours avec Joell, chacune pouvant s'offrir des extras - entendre ici "aventures"- de temps à autre lors de sorties entre copines. Le contrat est posé entre elles, la complicité et la fidélité amoureuse n'empêchent pas ces aventures au fil des rencontres et des envies. Elle se pose néanmoins la question d'avoir un enfant et de l'éduquer avec sa compagne. Le faire avec un ami ? Utiliser, enfin payer une mère porteuse ? Adopter ? Se faire inséminer légalement ? Rien ne semble clair encore sinon que le prix d'une mère porteuse, au-delà de l'éthique, est sûrement très très élevé et qu'elle aimerait bien sentir la vie croître dans son ventre. Il faudra bien se passer d'un sexe d'homme, ça la dégoûte trop et ça lui donne la nausée rien que d'y penser. L'homme en général lui fout la gerbe. La soumission de la femme-mère aux obligations libidinales de l’homme-père. L'image de ce père encore et toujours et sa voix, le son de celle-ci. Depuis un matin où il lui avait assené, elle avait douze ans, un “tu as une belle bouche à pipe !”, qui résonnait encore dans son âme. Il n'était même pas encore bourré !

Plus jeune, elle n'a pourtant pas voulu être idiote, en côtoyant les autres jeunes du Centre de Formation des Apprentis, et tenta un rapprochement avec un copain de formation. Mais ce jeune « couillon » de dix-sept ans à peine, et sans vraiment d'expérience dans sa besace, sans grands préliminaires, après un cunnilingus qu'elle trouva soft et rustre, tenta de lui mettre son machin dans la bouche pour une fellation - l'apprentissage par le porno ne facilite pas les choses -, elle lui vomit dessus, fin de l'essai.